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'Tokyo +' : le mimétisme urbain au service de l’urbanisation

A l’occasion de son diplôme, Jean-Marie Lesene (ENSA Versailles) a choisi de procéder à la requalification des polders "délaissés" de la baie de Tokyo en réalisant des moulages de quartiers centraux de la capitale japonaise afin de récupérer les principaux composants de l’urbanité japonaise, dont les stations de métro, ce "puissant élément d’urbanisation".

publié le 04/02/2010

Extension urbaine & contrainte territoriale

De par son insularité et ses contraintes territoriales, le Japon a vu fleurir, le long de son littoral, une multitude de villes. Depuis le début du siècle, l’extension urbaine de la métropole de Tokyo s’est appuyée sur la création d’un puissant réseau ferroviaire qui lie centre urbain dynamique et banlieue (la plus vaste au monde). Pour répondre à la demande, la métropole cherche à se développer en annexant des communes au nord et en créant, au sud, des polders en baie de Tokyo.

Actuellement, ces nouveaux territoires en baie de Tokyo pourraient être qualifiés de délaissés. On peut alors se demander si Tokyo est toujours une métropole en mouvement perpétuel. Le relevé de situations urbaines complexes dans le centre de la métropole représente la matière de création de ces nouveaux territoires et le laboratoire de recherche idéal pour penser la ville japonaise actuelle.

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Problématique

Pour prévoir l’extension et l’organisation urbaine de la ville japonaise actuelle, il est important de se servir des différentes épaisseurs qui la composent. La ville japonaise est formelle ; sa structure est composée de malls, commerces et habitations qui sont organisés autour de puissants éléments d’urbanisation : les stations de métro, marque de fabrication et organe indispensable de la métropole.

'Tokyo +' est une réflexion théorique sur la ville qui s’interroge sur la nouvelle épaisseur urbaine à conférer aux territoires créés le long de la baie de Tokyo. La méthode de travail se base sur la création d’outils pour relever les qualités intrinsèques de la ville, une sorte de 'mimétisme urbain', un miroir dirigé vers Tokyo.

Processus : le moulage urbain

L’enjeu de 'Tokyo +' est de capter les différentes épaisseurs urbaines (station de métro, pic de densité, commerce et tissu individuels) au moyen de 'moulages urbains' (à l’échelle de la métropole et celle du quartier) et de réinjecter ces qualités spatiales sur un polder (le nouveau territoire).

C’est une façon de se détacher de la complexité de la ville japonaise, abstraction urbaine et objet de projet. Ce mimétisme urbain nous permet de recomposer un plafond urbain et une nouvelle dimension du tissu urbain pavillonnaire japonais. Afin d’accentuer les qualités spatiales de la ville, la 'compression' ou 'accumulation' urbaine sera la clef du projet.

Processus : la compression urbaine

Signe d’une certaine flexibilité du tissu urbain tokyoïte, 'Tokyo +' est une façon de redéfinir singulièrement la ville compacte et horizontale japonaise. Cette superposition des différentes couches et compression de fragments emblématiques des quartiers de Tokyo nous permettent de donner à la ville japonaise une nouvelle dimension verticale. Cette juxtaposition aléatoire des quartiers n’aurait jamais pu se produire naturellement. L’organisation de la matière révèle l’existence de nouvelles situations urbaines complexes, de nouvelles imbrications programmatiques (temple, sushi shop, practice de golf, bain public, écran publicitaire, jardin vertical et maison individuelle...), le signe d’une certaine flexibilité du tissu urbain tokyoïte.

Lors de l’opération de compression, les différents tissus urbain se confrontent, se mélangent et s’additionnent. Elle regroupe une multitude de programmes et forme un ensemble de situations singulières (autonomes et connectées au reste de la métropole), où l’on peut facilement se déplacer, habiter, manger, acheter et prier. Le statut du sol est réinterprété, à la fois écran perméable pour devenir écran publicitaire ou toiture et imperméable pour offrir des liaisons verticales, jardins et sanctuaires verticaux. Elle permet surtout de créer et renfermer de nouvelles imbrications entre les programmes. Les différentes maquettes et 3D conceptuelles reflètent cette idée de proximité.

L’enjeu du projet est de créer un nouveau territoire où les situations imaginées font référence au Néo-Tokyo des années 80 dessiné par Akira, une métropole qui doit faire face à son futur et doit se régénérer. 'Tokyo +' puise ici sa singularité non par sa destruction mais par l’accumulation urbaine, productrice d’une nouvelle matrice urbaine, de nombreuses qualités spatiales et de situations qui forment une multiplicité de climats indispensables à la métropole de demain. Le polder offre à présent au touriste et au jeune Otaku (fan de manga) la possibilité de traverser le projet en une journée. Il s’en dégage non pas un résumé de la métropole en un kilomètre six cent, mais une nouvelle expérience urbaine de la métropole de Tokyo.

Jean-Marie Lesene
Un diplôme réalisé sous la direction de Djamel Klouche.

Consulter également l'album-photos ''Tokyo +', une opération d’urbanisation à partir d’un processus de moulage'.

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