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Sydney Pollack filme l'architecte Frank Gehry ? C'est excellentFrank Gehry est furieux contre la France! Nous sommes allé voir le film de Sydney Pollack "Esquisses de Frank Gehry" dont l'avant-première se déroulait dans l'ancien centre américain construit par Gehry lui-même. Et celui-ci n'était pas là! Ce qui n'a pas empêché les architectes Isabelle Coste et David Orbach, qui signent cette chronique, de le découvrir.publié le 18/09/2006Si nous avons bien compris: la construction du centre a dû se passer tellement mal entre l'architecte et le maître d'ouvrage français de l'époque, l'EMOC, que la dispute est visiblement toujours aussi rougeoyante 9 ans après. Alors M. Gehry, revenez! Nous avons a-do-ré votre film et les français l'aimeront aussi nous en sommes sûrs ! Le film est un long-métrage sur le célèbre architecte Frank O. Gehry. Enfin un grand architecte américain ! Et pas le moindre puisqu'il ne s'agit rien moins que de celui du musée Guggenheim de Bilbao. Un architecte américain de talent est une telle rareté qu'elle invite inévitablement à nous poser cette question : pourquoi y a-t-il autant de bons architectes aux Etats-Unis que dans un pays grand comme la Hollande ? C'est incompréhensible : l'Amérique excelle dans nombre de disciplines mais reste un nain en architecture ! Ils font évidemment de très grands bâtiments, très bien faits, mais qui sont autant de la grande architecture que le bottin(1) de la littérature. Pardon Rem Koolhaas mais on a vraiment l'impression que l'histoire se répète avec une Amérique du Nord face à l'Europe comme Rome face à la Grèce Antique. Tout y est plus gros là-bas, a plus de force mais il lui manque du velours, l'essentiel quoi. Nous nous égarons (Il nous faudra un jour aller faire notre BHL(2) sur l'architecture des Etats-Unis, c'est promis). Le réalisateur est Sydney Pollack, (Out of Africa, La Firme, On achève bien les chevaux). Un film sur un architecte américain filmé par un américain: Le suspense était pour nous insoutenable: qu'allions nous voir? Ce qui nous a vraiment plu d'abord est la manière dont l'architecture de Gehry a été filmée. Habituellement ce genre de documentaire sur l'architecture est traité par d'interminables mouvements de caméra, une voix lente et grave qui nous décrirait de la même manière la vie des okapis en Afrique, et de la musique classique pour lui donner des airs de Versailles. Rien de tout cela ici, parce que ce style ennuyeux, Sydney Pollack en est tout simplement incapable.
publicité Et merci, grand merci à lui de nous avoir fait un film aussi captivant sans nous parler une seule seconde du chantier. On ne connaîtra jamais l'immense travail informatique et technique aboutissant à ces grands bâtiments : seul compte pour Pollack l'homme au travail. Contrairement à ce que nous avons lu ici ou là dans les critiques du film, il y a de beaux moments où Gehry explique fort bien son travail créatif. Simplement, comme une femme qui vient de faire un enfant, il ne parle pas beaucoup (ces moments sont trop courts d'accord mais quand même : la salle de concert de Walt Disney "toutes voiles dehors" par exemple.). Et plus que ses mots, les maquettes, les esquisses, les gestes de l'architecte nous le disent suffisamment clairement. Quelle énergie! Son travail en équipe, son atelier sont aussi bien rendus. Et puis il y ces moments terribles pour nous architectes où nous remarquons bien comme Gehry avec son immense talent et sa renommée internationale, n'est tout de même pas riche. Comme sont cruels ces instants où nous découvrons le peu de respect d'un client comme la fondation Guggenheim elle-même qui a payé le concours de l'immense musée de 11.000 m² de Bilbao le prix d'un concours pour une petite crèche de 900 m² ! Et en laissant trois semaines aux architectes pour le faire. Putain de métier. Avec Gehry, nous sommes loin d'une architecture de papier froissé : le travail entre la maquette et l'ouvrage construit est tellement long (10 ans), tellement difficile pour lui que l'architecte ne supporte plus son oeuvre à l'ouverture du bâtiment. Il en a une véritable et physique indigestion. Et puis ces passages monstrueux où nous apprenons comment Gehry grâce à sa femme (et son psy) a compris comment le monde voyait son travail, comment il pouvait travailler en équipe, et comment il fallait parler à un client. Putain de film. Alors quand une critique lui dit qu'il n'est plus aussi bon qu'avant, il balaye l'outrage d'un revers de main. Comment pourrait-il faire autrement? Il ne connaît pas son génie aujourd'hui, il ne pourra rien faire non plus quand il n'en aura plus. Le passage un peu long du film est inévitablement celui où divers intervenants viennent les uns après les autres vanter les qualités de l'architecte. Ce moment est très important pour les américains : comme on n'existe là-bas que par ce que disent les gens sur vous, ces indispensables louanges assoient et prouvent la grande renommée d'un personnage. Ils nous ennuient un peu, nous Français, passons. Coste-Orbach architectes (1) bottin : Objet physique utilisé au XXème siècle et constitué de feuilles sur lesquelles étaient consignées les coordonnées des habitants d'une région. Il était gros. |
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