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Un container à mémoire établissant un lien avec la trame urbaine du passé

Du nouveau bâtiment des Archives et bibliothèque départementales de Marseille, Corinne Vezzoni dit qu'il est "un grand vaisseau blanc, unique, compact et radical". Elle cite Frithjost Shuon*: "Il faut que l’objet ne donne pas l’illusion d’être autre chose que ce qu’il est : il est utile, il est un lien entre le passé, la mémoire et l’avenir". Les intentions de l'architecte.

publié le 20/04/2006

Le texte ci-dessous est signé Corinne Vezzoni

Le choix du site des Grands Moulins pour y installer les archives départementales et la bibliothèque de prêt départementale est révélateur d’une démarche volontariste de participation au renouveau d’un quartier depuis trop longtemps vétuste et inconfortable.

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Le premier bâtiment public à construire sur ce site occupe un espace remarquable au confluent de l’axe "historique" de la ville (Mazargues / Bd de Paris) et de l’axe du littoral (boulevard de Dunkerque).

Tous les éléments sont ici rassemblés pour augurer d’un projet majeur : l’échelle du port, la vision dominante depuis les viaducs (vision la plus fréquente pour tous les marseillais), le devenir d’un nouveau quartier, l’aboutissement de la trame héritée du passé.

Le site actuel : site industriel lié au port de la Joliette à l’origine, le quartier évolue au rythme des modifications inspirées par l’établissement public d’Euroméditerranée et ses partenaires Ville de Marseille, Département des Bouches-du-Rhône. A terme, ce quartier deviendra un véritable pôle d’équilibre pour la ville, le département et la région ! Les Archives constituent le premier grand projet public s’implantant sur le site.

Notre réponse

Un grand vaisseau blanc, unique, compact et radical émergeant d’un site dont la lecture est troublée par un bâti aux altimétries aléatoires et un enchevêtrement de viaducs plongeant sur la ville.

Le parti urbain : Un bâtiment unique

Cette option permet de répondre aux questions essentielles :

  • Conforter l’alignement sur le boulevard de Paris, axe majeur de la Ville et spirituel temporel de la mémoire des hommes, s’articulent deux lieux symboliques : le ‘parvis des lettres’ et le ‘jardin de lecture’. Cet îlot libre, dit ‘jardin de lecture’, pourrait évoluer dans son appropriation jusqu’à devenir édifice culturel construit.
  • Introduire le végétal dans un quartier où le minéral domine. L’extension de la ville au nord devra intégrer de nombreux espaces plantés. Le projet est l’occasion d’associer à la rigueur de la réponse bâtie, l’expression poétique d’un jardin ludique.
  • Conforter la trame orthogonale en place, grâce au bâti ou aux grands murs épais en limite de parcelle, en référence aux murs de pierre marseillais.

  • Le végétal dans la ville. Parc et jardin sont complémentaires et permettent des pratiques différentes.

Dans le quartier de la Joliette, de nombreux équipements liés au culturel et au spirituel se regroupent : archives, collège, église. Un pôle culturel est créé.

Le jardin des Archives accolé à l’église sera un lieu destiné à l’esprit : intellect et spiritualité, lieu de lecture, de méditation, lieu d’échanges et de débats, promenades philosophiques rappelant l’école péripatéticienne d’Aristote et l’art du dialogue de Socrate et Platon. Sur le plan de la forme urbaine, la création d’un jardin clos, permet de reconstituer le gabarit de l’îlot bâti, en faisant référence aux murs de pierre du boulevard du Bosphore. Derrière le mur, le jardin secret est révélé par les frondaisons qui dépassent.

Une promenade haute permet de se raccorder au bâtiment par une passerelle. Découvrir un jardin ‘par le haut’, c’est prendre conscience de son épaisseur verticale, faire valoir l’hétérogénéité de ses éléments. Profondeur et richesse spatiale répondent à la profondeur temporelle des archives. Découvrir un arbre au niveau de ses charpentières, examiner l’écorce le long du tronc, hétérogène selon son exposition, sentir plus intensément les saisons en intimité avec l’arbre à feuilles caduques vu d’en haut…

Le paysage planté

Deux espaces plantés sont intégrés au projet :

Sur le parvis des lettres

Un mail de 20 tulipiers de Virginie sur 380m² de gazon bordé d’espace dallé. Il est planté sur dalle, le tunnel de LAJOUT passant sous le Parvis. Une épaisseur de 2 m de terre allégée et drainage est prévue, soit une réserve de 35m3 de substrat par arbre.

Le jardin de la lecture

Il est composé d’une promenade supérieure arborée et d’un théâtre de plein air en partie centrale. Le long de la rue Peysonnel, un double alignement de Mélia Azédarach est planté sur stabilisé. Cet arbre de 12 à 15m de hauteur, méditerranéen par excellence, offre une floraison violette en grappes au mois de juin et des fruits orangés décoratifs en hier. Les mélias visibles depuis la rue Peysonnel constitueront un point d’appel intéressant pour le jardin de la lecture. Côté rue de Ruffi la promenade se poursuit par un double alignement d’albizzia, essence au port tabulaire de 6 à 8 m de hauteur remarquable pour sa floraison estivale en ‘pompons’ roses. Le théâtre de plein air composé de gradins et d’une scène est traité en béton.

Hors emprise du projet : Plantations sur trottoir

Les rues de Ruffi, Peysonnel et le boulevard de Paris, parallèles, longent le projet sur ses côtés les plus longs (Nord-Sud) et participent à sa composition.

Des plantations d’arbres ont été proposées sur trottoir :

Boulevard de Paris : Cet axe historique pourrait être surligné par un alignement de micocouliers, arbres au tronc droit et argenté à la frondaison ovale régulière, bien adapté au site très urbain du boulevard de Paris.

Rue Peysonnel : Il est proposé de poursuivre sur trottoir le bosquet de Sophora planté dans la cour de l’Eglise de la rue Peysonnel.

Rue de Ruffi : À l’arrière du jardin de la lecture, un alignement de chênes roues d’Amérique au feuillage éclatant à l’automne permettra de répondre aux accents colorés des mélias. Le chêne marcescent conserve son feuillage roux tout l’hiver jusqu’en mars et constitue un élément particulièrement structurant dans le paysage.

Bilan végétal

Aucun végétal n’existe préalablement sur l’emprise du projet qui est situé à l’emplacement des anciens grands moulins démolis récemment. Notons qu’en zone Va, où s’inscrit le projet, le POS ne prévoit pas de compensation végétale. L’impact du projet des Archives requalifie le quartier sur le plan paysager en introduisant le végétal de façon significative.

Quantité et force des arbres prévues :
- Zone 1 : le Parvis des lettres - Plantation sur dalle 20 Liriodendrons tulipifera ‘fastigiata’ 20/25 MG
- Zone 2 : Le jardin de la lecture - sur stabilisé renforcé 28 Mélia azédarach 20/25 MG et 44 Albizzia jolubrissin 20/25 MG
Soit 92 arbres inclus dans le projet

Hors projet :
- Boulevard de Paris sur trottoir : 17 celtis australis 30/35 MG
- Rue Peysonnel sur trottoir : 14 Sophora japonica 30/35 MG
- Rue de Ruffi sur trottoir : 10 Quercus rubra 35/40 MG
Toutes les préconisations du service arboriculture de la direction de l’Ecologie et des Espaces verts de Marseille seront respectées :
- Fosses pour arbres : 8m3
- Mélange terreux DEEV
- Arrosage par goutte-à-goutte enterré
- Spirale de drain raccordée au réseau pluvial
- Feutre anti-racine.

Traitement des trottoirs plantés
Outre la fosse de 8m3, les trottoirs comporteront une fondation de 1,5m de hauteur constitué d’un mélange de cailloux 40/90 additionnée de terre végétale, mélangée et compactée (35% terre et 65% cailloux). L’enrobé sera drainant pour permettre à l’eau de pluie de s’infiltrer sur toute l’emprise du trottoir. Ceci permettra aux racines de s’étendre au-delà des limites de la fosse de plantation et de garantir à l’arbre un développement plus harmonieux et une meilleure stabilité.

Matériaux extérieurs

Revêtement de sol du Parvis des Archives : lave noire – dallage du parvis pénétrant à l’intérieur du bâtiment et pouvant remonter en façade. Lave partiellement émaillée pour assurer un décor au sol comme en façade. Mur de clôture du jardin de la lecture : prévu en moellons en référence aux murs de pierre du boulevard du Bosphore.

Le parti architectural : Un bâtiment unique

Mettre en valeur le contenu

Le projet se développe autour du thème essentiel et symbolique que constitue le stockage des archives. Un noyau étanche, opaque et précieux contient les magasins. Ce noyau, sorte de container à mémoire, grande masse de béton de couleur garance poli, se trouve enveloppé par une gangue épaisse constituée par les bureaux et les salles de lectures. Entre le container et la gangue, des rideaux de lumière pénètrent à travers tout le bâtiment et viennent lécher le galbe du volume des magasins.

Un grand volume compact, sculpté dans son épaisseur.

Sur les façades donnant sur la ville, le bâtiment présente une géométrie rigoureuse confortant l’orthogonalité du tissu existant. À l’inverse, au cœur du bâtiment, l’accumulation de strates successives depuis la peau extérieure jusqu’au noyau central permet de modeler les formes, de sculpter l’épaisseur du volume en s’appuyant sur des lumières zénithales. Le volume des magasins se retrouve lui-même ponctuellement ‘entaillé’ dans son socle pour laisser place aux expositions ou au bureau d’accueil des archives.

Un grand vaisseau blanc

Pour conforter la force tranquille dans la ville, le bâtiment est revêtu d’une peau opalescente lisse blanche et lumineuse. Une paroi de verre sans ossatures apparentes (verre extérieur collé) translucide grâce à un verre feuillage avec une maille blanche en inclusion plus ou moins dense selon ce qu’elle abrite :
- Face aux nez de plancher, elle est totalement blanche et opaque, puis, la sérigraphie s’allège jusqu’à devenir transparente au droit des percements des salles.
- Cette paroi laiteuse permet d’une part aux espaces intérieurs de baigner dans une lumière douce, d’autre part, de révéler depuis le viaduc la présence des magasins en ombre chinoise. En effet, la masse colorée des magasins en second plan se laisse deviner pour émerger ensuite seule en toiture et offrir une vision intéressante des toitures.
- De nuit, le bâtiment éclairé de l’intérieur produit un halo dans le quartier.

Au sol, le grand volume blanc vient reposer sur un socle de lave abritant le niveau de traitement des archives, ainsi que le parvis d’entrée. L’angle Sud-ouest du bâtiment s’affranchit du sol par le porte-à-faux de la peau de verre qui permet d’éviter toute intervention dans l’emprise du tunnel de Lajout. Le parvis, grande plaque de lave en damier, est complémentaire du programme des archives. Il développe les caractères de l’écriture, depuis le premier pictogramme jusqu’aux caractères latins d’aujourd’hui, en passant par les hiéroglyphes et l’écriture cunéiforme. Ces caractères, lettres d‘inox enchâssées dans la lave sont le symbole de la spécificité de l’homme au travers des civilisations successives. Le jardin de la lecture, espace clos lié à la bibliothèque, traite de l’épaisseur par le jeu de ses jardins. Espace lié à l’expression de l’esprit, à la communication (spectacles, concerts, débats…) à la méditation ou à la lecture.

Le fonctionnement : Un bâtiment unique

Mise en place des grandes entités

A l’Ouest, le long du boulevard de Paris, le volume de stockage des archives. Ce volume étanche permet à la fois de protéger le programme de l’exposition la plus dure et du bruit des viaducs et voies principales du quartier.

Ainsi, la totalité des locaux à vivre se déploie sur les expositions les plus favorables :
- Au nord, la salle de lecture ainsi que l’ensemble des bureaux des archives bénéficient des vues vers le futur square.
- A l’Est, le programme de la bibliothèque de prêt se tourne vers le calme et le jardin clos. Des lumières zénithales apportent un confort lumineux dans les circulations, les halls et les profondes salles de lecture de la bibliothèque.

Le pôle commun

La compacité du bâtiment permet d’installer le pôle commun en position centrale. Cela permet de distribuer de façon immédiate la totalité des fonctions. Cette efficacité dans la distribution entraîne une économie de surfaces, évite des couloirs interminables et offre une compréhension très rapide du fonctionnement du bâtiment.

Les archives

L’essentiel de la démarche réside dans l’optimisation des parcours et de la surveillance. L’ensemble des niveaux se superpose. Ils sont directement reliés au plateau de traitement par une batterie de monte-charges. La salle de lecture est contrôlée par un accès unique (hormis l’issue de secours sécurisée). Sa forme rectangulaire, largement éclairée sur le square, la rend facile à surveiller. Les essences de bois exotiques, chaleureux rappellent la vocation maritime de la ville.

La bibliothèque départementale de prêt

La bibliothèque est organisée sur quatre niveaux superposés en balcon sur le vide du hall d’un côté et sur le jardin dédié à la lecture de l’autre. Le centre de ressource situé en rez-de-rue à l’aplomb de ces niveaux les alimente directement par monte-charge et escalier.

L’opportunité d’un îlot libre

L’espace libre de construction sur le second îlot offre une facilité d’organisation et une sécurité évidente dans le cadre du chantier.

Consulter l'album-photo de cet ouvrage en cliquant ici.

Fiche technique :

- Surface totale : environ 28.000m² sur 8 niveaux.
- Emprise au sol du bâtiment : 83 x 60m.
- Emprise au sol du parvis : 60 x 60m.
- Hauteur à l’égout la plus importante : 23m.
- Hauteur au faîtage la plus importante : 28m.
- Emprise jardin de la lecture : environ 4.500m²

Les Archives
- 7 niveaux de magasins, soit 56 magasins de 200m².
- La surface des magasins est d’environ 10.500m².
- Le linéaire d’archivages est de 70 km.
- Une surface de bureaux de 2.200m².

La Bibliothèque- Surface des magasins : 2 100 m2.
- Surface des bureaux : 3 300 m2.

Les salles d’accueil
- Salle de conférence : 280m².
- Salle d’exposition : 230m².
- Salle de lecture des Archives : 600m².
- Salle d’actualités : 150m².

Les matériaux
- Pose de 5.500m² environ de verre extérieur collé.
- Pose de plus de 4.000m² de pierre de lave.
- La coque en composite ciment verre (CCV) représente environ 1.100 panneaux.
Un panneau standard fait 2,50 x 2,50 m.

Bâtiment des Archives et Bibliothèque départementales : 75 millions d’euros (incluant le bâtiment d'Aix-en-Provence) de budget global prévisionnel.

Maître d’ouvrage : Conseil général des Bouches-du-Rhône
Chef de projet : Gérard Lafont
Chargé de l’opération : Jean Losinski
Mandataire du maître d’ouvrage : 13 Développement (Directeur général : Jean-Marc Nabitz)
Conducteur de l’opération : Anne Villard
Architecte mandataire : Corinne Vezzoni et associés
Corinne Vezzoni
Pascal Laporte
Architectes associés/ADM Architectes : Margui/Vachon-Feypell/Zoltowski
Pierre Margui
Bureau d’Etudes Techniques : O.T.H. Méditerranée
Entreprise générale : Dumez Travaux du Midi
Paysagiste : Patrice Carruel, Dominique Lefur
Bureau de Contrôle : Veritas

* cité par Georges Duby. In "Le temps des Cathédrales"

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